SLECG et système éducatif guinéen: Les rêveries solitaires d’un conseiller d’Alpha Condé

SLECG et système éducatif guinéen: Les rêveries solitaires d’un conseiller d’Alpha Condé

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Et si les revendications syndicales visaient l’amélioration et la qualification de tout le système éducatif ?

Une contribution de Moustapha Koutoub Sano, conseiller diplomatique du président de la République

En ma qualité d’enseignant de formation et de profession, professeur agrégé et vice-recteur d’une université de renommée internationale en Malaisie durant plusieurs années, et vu l’impact néfaste, tant économique, social que politique de la crise qui secoue le système éducatif en général et le corps enseignant en particulier, et surtout, compte-tenu des conséquences douloureuses de ladite crise sur l’avenir de la nation, je me fais le devoir professionnel et patriotique de partager avec vous, chers compatriotes, des réflexions visant à qualifier notre système éducatif d’une part, et à mettre fin aux revendications récurrentes du corps enseignant d’autre part.

Les promoteurs chevronnés de la planification stratégique harmonieuse confirment que seul un système éducatif qualifié peut former des leaders d’opinion et des capitaines d’industries, des agents de changement et d’innovation, des intellectuels confirmés et enfin des individus productifs et imaginatifs.

Par conséquent, la qualification du système éducatif est un préalable à tout développement et à tout progrès. Et pour cause, les pays développés se distinguent, parmi les autres pays du monde, à travers des systèmes éducatifs qualifiés et performants, leur permettant ainsi de lutter pour un développement harmonieux, une prospérité partagée et une stabilité durable.

Quant aux pays considérés de nos jours comme émergents, la qualification de leur système éducatif a été le point de départ voire la boussole indispensable vers l’émergence et le développement.

À cet égard, aucune émergence ni aucun développement, ni même aucune stabilité durable ne serait, en réalité, possible en l’absence de la qualification du système éducatif.

S’il est vrai que le corps humain est constitué d’organes vitaux comme le cerveau, le foie, le cœur, les poumons et les reins, le système éducatif renferme, également, des composantes et des acteurs ayant la même importance et jouant le même rôle que ces appareils organiques. En effet, le système éducatif repose essentiellement sur le triptyque : corps enseignant, infrastructures et curricula.

Autant il est vrai que les organes précités sont indispensables à la vie humaine, autant il est vrai aussi que l’état de ce triptyque conditionne amplement la qualification de tout système éducatif qui se veut performant, cohérent, pertinent et efficace.

Ces composantes du système éducatif sont importantes, individuellement pris, mais en plus, elles sont interdépendantes. Ce qui implique qu’on les qualifie parallèlement, car la paralysie ou le dysfonctionnement d’une d’entre elles, est suffisante pour déclencher ce que les médecins appellent souvent « le pronostic vital est engagé’’. C’est-à-dire le risque devient vital et la situation pourrait évoluer défavorablement.

Nous empruntons cette expression au corps médical pour indiquer à quel point le risque de détérioration du système éducatif devient dangereux  en cas de dysfonctionnement d’une de ses trois composantes du système éducatif.

Sur ces entrefaites, les efforts patriotiques visant à qualifier ou à améliorer le système éducatif devraient prendre en compte l’ensemble de ces composantes.

Autrement dit, les revendications ou les préoccupations des acteurs en vue de l’amélioration de notre système éducatif devraient couvrir toutes ses composantes à la fois, afin d’éviter des améliorations partielles voire éphémères.

Il est évident que la troisième République a mené et continue de mener des efforts conséquents pour qualifier notre système éducatif. Des milliers de salles de classe ont été construites partout dans le pays. Des augmentations salutaires de salaires de nos braves enseignants ont eu lieu à plusieurs reprises. Des revues partielles de contenus de curricula ont été organisées. A date, les états généraux de l’éducation et de l’université guinéenne sont une réalité.

En dépit de toutes ces réformes importantes et malgré toutes ces améliorations qualitatives, force est de reconnaitre, sans démagogie ou complaisance, que beaucoup reste à faire en vue de conjuguer et de coordonner les efforts, intellectuels, économiques, sociaux et politiques pour qualifier notre système éducatif.

Aujourd’hui, il est impératif de faire adopter, dans les meilleurs délais, un Plan Marshall pour l’éducation, visant à sauver le système éducatif à court terme, à l’améliorer à moyen terme et, enfin, à le qualifier à long terme.

Pour ce faire, il va falloir commencer par la mise en place d’une nouvelle stratégie urgente et compréhensive, afin d’adopter un plan d’action d’urgence, détaillé avec des indicateurs de performance et éclaté dans des délais d’exécution, assortis du coût estimé pour chaque action stratégique. Le temps presse, les attentes sont énormes et les préoccupations sont de taille.

Donc, il est fondamental de démarrer immédiatement les corrections nécessaires pour soigner les maux profonds et les tares chroniques qui gangrènent notre système éducatif. Ceci, afin de permettre à ses organes vitaux cités plus haut de recouvrer leur pleine santé après des décennies de maladie.

Un regard responsable et honnête sur l’état actuel des organes vitaux de notre système éducatif ne pourrait laisser un patriote indifférent ou insouciant.

Concernant le corps enseignant, il faut reconnaître que la qualité du traitement de cette importante composante du système éducatif sur les plans moral, social et économique, est très préoccupante.

Ce corps stratégique et indispensable ne bénéficie pas, à date, du traitement dû à sa contribution indéniable au développement socio-économique du pays. Ce corps, admettons-le, représente la couche la plus malheureuse et la plus pauvre parmi tous les commis de l’Etat. Il est aussi le moins respecté et le moins apprécié dans notre société devenue, par force des choses, très matérialiste. Il n’est pas besoin de souligner que de nos jours, la considération sociétale est en grande partie liée à la quantité de ce qu’on possède comme matériels au détriment de notre contribution pour le progrès et le développement de la nation.

Par ailleurs, le métier d’ »enseignant » vient comme le dernier choix des chercheurs d’emploi dans la République. Et la moitié de celles et de ceux qui sont recrutés à la fonction publique préfère travailler ailleurs, notamment dans les ministères et dans des structures confortables. Conséquence, nos districts et nos sous-préfectures ne disposent pas du nombre requis d’enseignants. Il est très courant de voir dans un district  des enseignants qui dispensent toutes les matières à part leur spécialité, à cause de l’absence notoire et du refus inacceptable de celles et ceux qui sont recrutés, de se rendre dans ces zones rurales.

Je suis parmi ceux qui croient que cette situation n’a pas lieu d’être, et devrait donc disparaître dans un pays normal, et en particulier, dans un pays qui vise le statut d’émergent. Pour ce faire, il va falloir renverser la pyramide en accordant unnouveau statut particulier opérationnel et fonctionnel à l’enseignant. Autant dire que les enseignants doivent être les plus respectés, les plus considérés et les plus sollicités dans la société. Ils méritent d’être les mieux payés et les plus confortés dans l’exercice de leur métier. En conséquence, aucun commis de l’Etat ne devrait être mieux payé qu’un enseignant. Et pour cause, ce sont ces enseignants qui ont la lourde charge de former tous les autres commis de l’État, qu’ils soient médecins, hommes en robe, hommes en uniforme, politiciens, etc.

Ils méritent donc toute l’attention particulière due à la nature à la fois particulière et singulière du service qu’ils rendent à la nation du matin au soir. Le faire, c’est reconnaître le sacrifice énorme qu’ils font pour la nation, souvent au détriment de leur santé et de leur vie de famille.

C’est le lieu de dire que celles et ceux qui convoitent ce métier dans les pays développés et émergents, ce sont des personnes relevant de la crème de la société. Ils sont les mieux payés, les plus convoités, les plus respectés et les plus à l’aise dans l’exercice de leur noble fonction.

A part l’amélioration des conditions de vie de ce corps vital, il est temps de faire bénéficier ce corps de formations continues et consistantes en permettant aux enseignants d’améliorer leur niveau intellectuel et professionnel et d’avoir accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Tous les enseignants de la République ont le droit légitime à une formation périodique de qualité, notamment celles et ceux qui sont dans le pays profond. La qualification de notre système éducatif passe par-là.

Le constat est largement partagé quant au déficit inexplicable du nombre requis d’enseignants à tous les niveaux. Et un pays normal, qui ambitionne de devenir émergent, devrait avoir au moins un enseignant pour cinquante (50) apprenants. C’est à dire de 150 mille à 200 mille enseignants au moins dans le cas spécifique de notre chère patrie avec ses 11 millions d’habitants.

Le manque d’enseignants qualifiés au niveau universitaire est alarmant, car le nombre de détenteurs de Masters dans toutes les disciplines confondues est insignifiant. Et plus grave, le nombre insuffisant de détenteurs deDoctorats (PhD) dans nos universités est scandaleux. Par conséquent, les recherches scientifiques et les publications académiques sont considérées comme des denrées rares. Alors que la crédibilité d’une institution d’enseignement supérieur est fonction de la qualité et du nombre d’enseignants détenteurs de masters et de doctorats.

Les recherches scientifiques qui permettent de promouvoir l’image des établissements scolaires et universitaires ne sont pas imaginables en l’absence d’un nombre confortable de détenteurs de PhD.

Donc, il est temps de former sur place et de prendre en charge à l’étranger les frais de formation, de centaines voire de milliers de nos jeunes cadres compétents et qualifiés, notamment celles et ceux qui enseignent dans nos écoles et nos universités, en vue de leur permettre d’obtenir des masters et des doctorats notamment dans des domaines où les besoins sont de taille.

Concernant la qualité et l’état actuel de nos infrastructures scolaires et universitaires, en particulier celles publiques, force est d’admettre qu’elles souffrent de la pléthore inacceptable d’apprenants et de l’abandon notoire de leurs installations.

Ne nous gênons pas de dire qu’elles ne répondent à aucune norme régionale ou internationale malgré tous les efforts salutaires entrepris par la troisième république. Les salles de classe sont généralement bourrées et dépassent d’ailleurs les limites acceptables. Et dans certains cas, des élèves et étudiants n’ont même pas de place pour suivre les cours, restant ainsi débout pour suivre les enseignements. Nos pauvres professeurs ne peuvent, en aucun cas, maîtriser parfaitement une salle de classe dont le nombre d’élèves et d’étudiants varie entre 100 et 200 apprenants.

Cette pléthore d’élèves et d’étudiants compromet non seulement la qualité de l’éducation, mais aussi elle met en danger la santé des professeurs qui doivent redoubler leurs efforts pour encadrer et former cette pléthore. C’est-à-dire, un seul enseignant fait le travail qui devrait être fait par trois (3) à quatre (4) enseignants.

Autant dire qu’il faille corriger cette situation alarmante par la construction des milliers de salles de classe, tout en interdisant qu’une salle de classe ne dépasse 50 élèves et étudiants.

Ainsi, un investissement sans égal doit avoir lieu, afin d’assurer et d’accorder une formation adéquate et digne de ce nom aux générations futures capables de créer de l’emploi et de résoudre les problèmes de développement et de progrès.

Au-delà du nombre pléthorique d’élèves et d’étudiants donc, les conditions sanitaires de nos infrastructures scolaires interpellent la conscience de chacun et de tous. Un manque cruel et pitoyable de latrines et d’hygiène se pose aujourd’hui dans nos établissements scolaires. Une insuffisance notoire de la qualité et du nombre d’équipements (tableaux, tables bancs, armoires etc..) se greffe le piteux état. Nos chers enfants, les filles et les garçons, passent des heures importantes dans cet environnement désagréable, alors que ces milieux scolaires devraient être, normalement, les endroits les plus confortables, les plus propres et les plus saints.

En conséquence, il va falloir mettre en place un plan d’action d’urgence, en vue d’améliorer ces conditions sanitaires inadmissibles, et permettre ainsi à nos enfants de vivre dans un environnement sain et propre. Toute chose qui contribuera à la qualification du système éducatif et à la formation des générations compétentes et efficaces.

Selon les principes du management de la qualité, la qualification d’un système éducatif passe, fondamentalement, par la qualification de ses curricula en les rendant pertinents. Il s’agit de faire en sorte que le contenu des curricula soit en harmonie continuelle et permanente avec les besoins de la société d’une part et les besoins du monde de l’emploi d’autre part. Etant donné que ces besoins changent de temps en temps en qualité et en quantité, le contenu des curricula doit pouvoir s’y adapter.

En d’autres termes, une évaluation périodique et continuelle des curricula est indispensable et sine-qua-non pour la qualification du système éducatif. Par ailleurs, l’absence de l’évaluation escomptée du contenu des curricula est considérée comme l’une des raisons fondamentales du chômage chronique des diplômés de nos universités. Pour cause, ces curricula non révisés et non adoptés aux besoins de la société et aux besoins du monde de l’emploi ne font que produire des diplômés pour des marchés qui sont pratiquement saturés et dans des domaines moins demandeurs pour le développement socio-économique de notre patrie.

Seule la révision périodique de ces curricula permettrait d’adapter et de répondre aux soucis et aux préoccupations de la société.

A part cette évaluation impérative, il va falloir passer à la vitesse supérieure, afin d’inclure l’éducation civique et de promouvoir les valeurs du civisme, de la citoyenneté, de la démocratie, de la justice, de l’honnêteté et de la morale.

Nul n’ignore le manque cruel de ces valeurs dans nos curricula. Et pour cause, la patrie est en train de payer,  tous les jours, très cher les conséquences de cette absence à travers la montée extrême de la délinquance, du vandalisme et de la violence de tout genre dans la République.

Résultat, ces délinquants mal encadrés et mal formés font la loi dans la rue à l’occasion de chaque manifestation ou revendication politique.

S’il est vrai qu’une maladie diagnostiquée et connue est à moitié soignée et guérie, j’ose croire qu’il va falloir se pencher à guérir les maux et les tares citées plus de façon fondamentale et intégrale. Ceci dit, que les traitements partiels ne pourront, en aucun cas, soignés ces maux. Pour cause, ces traitements sont considérés comme des calmants temporaires qui ne touchent pas les fonds de la maladie et, conséquemment, ils ne pourront pas empêcher l’aggravement de la situation.

Dans l’espoir de trouver un traitement solide et durable, il va falloir entreprendre les actions concrètes et consistantes visant à qualifier notre système éducatif. Seule la qualification du système dans son ensemble pourrait mettre fin aux revendications de tout genre.

Pour ce faire, un investissement colossal, sans précédent et consistant devrait pouvoir dégager, afin de financer le Plan Marshallproposé à court, moyen et long termes et en vue de mettre fin toute fin aux revendications récurrentes de nos partenaires sociaux en particulier le mouvement syndicale.

Cette démarche patriotique devrait être aujourd’hui celle de toutes nos formations politiques et sociales, car les conséquences positives et négatives sont partagées. Cette démarche devrait être également le souci principal et le plus urgent de nos partenaires bilatéraux et multilatéraux en vue d’assurer la formation de générations compétentes et efficaces.

Je termine en exprimant mes souhaits les plus ardents et mes rêves les plus chers..

Je rêve ardemment de voir un jour, notre cher pays, rempli de smart school où nos enfants, notamment les plus petits pourront apprendre à utiliser les nouvelles technologies, de la maternelle à l’université. Et où le nombre d’élèves et d’étudiants par salle de classe varie entre 25 à 50.

De fond de mon cœur, je rêve de vivre le jour que tous nos enfants  pourront maîtriser parfaitement nombre des langues étrangères, en particulier le français, l’anglais, l’arabe ainsi que l’espagnol.

Je rêve légitimement de voir un jour nos universités citées parmi les universités de renommée régionale voire internationale en matière de la qualité de son corps enseignant, de ses programmes et de ses infrastructures.

Je rêve sérieusement de vivre le jour que nombreux de nos chercheurs et nos professeurs seront cités parmi les lauréats et les orateurs dans les grandes conférences et séminaires académiques mondiaux.

Finalement, je rêve et j’ai droit de rêver de vivre le jour que nos établissements scolaires et universitaires en particulier les publics seront sélectionnés parmi les plus équipés et les plus attractifs dans la sous-région et dans le monde.

Que ces rêves soient des réalités très prochainement. Amen.

May God bless you and bless notre patrie

Let us wish these dreams become realities.

Par le Professeur Koutoub Moustapha SANO (PhD in Laws)

Ministre Conseiller Diplomatique du Président de la République

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