Quand l’Agro-industrie guinéenne nourrit le scandale: Où sont passés les 4,2 millions...

Quand l’Agro-industrie guinéenne nourrit le scandale: Où sont passés les 4,2 millions d’euros de la SOGUIPAH?

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La ministre Mariama Camara est de nouveau sur la sellete. Et pour cause! Du 23 au 25 mai 2018, cinq magnats de l’agro-industrie seront jugées par le Tribunal correctionnel de Bruxelles. Entre autres, il s’agit du patron de la société belge Socfin, Hubert Fabri, proche de Bolloré, et de l’actuel ministre guinéen de l’Agriculture, Mariama Camara Soguipah.
Le premier est un homme-lige du français Vincent Bolloré (aujourdhui dans les filets de Dame Thémis). Il lui est reproché d’avoir « floué » le fisc belge et sera jugé pour blanchiment d’argent, abus de confiance, corruption active, faux et usage de faux, etc. Même acte d’accusation pour trois de ses co-prévenus. En ce qui concerne Mariama Camara, actuel ministre guinéen de l’Agriculture et ex directrice générale de la Soguipah, la justice belge a établi qu’elle ait touché 4,2 millions d’euros à titre de bénéfice personnel. Et ce, par le truchement des quatre autres personnes. Corruption passive ça s’entend!
L’histoire
Si la justice française s’intéresse à la méthode Bolloré d’obtention de gigantesques contrats portuaires à Conakry et Lomé, par le biais de la corruption, celle belge focalise son attention sur la pratique Fabri en ce qui est de l’évasion fiscale…
Après sept d’enquête, minutieuse, la justice belge a établi des faits difficiles à réfuter. Le bras droit de Bolloré a-t-il floué le fisc belge? S’interroge le quotidien belge L’écho, précisant que l’affaire ait pris sa source dans une autre procédure, toujours en cours: le volet « évasion fiscale » du même dossier.
En première instance, le tribunal avait conclu à l’irrecevabilité des poursuites avant que la cour d’appel ne le déjuge et ouvre la porte à un nouveau procès, en février dernier. Mais la procédure qui s’annonce à Bruxelles est bien plus dérangeante pour le groupe Socfin, qui appartient à 50,7% à l’ucclois Hubert Fabri, 66 ans, homme-lige de Bolloré en Afrique.
En 2009, lors d’une perquisition menée au siège des sociétés du groupe Socfin dans le cadre du dossier d’évasion fiscale présumée, instruit par le juge bruxellois Jean-Claude Van Espen, les enquêteurs saisissent des documents en rapport avec la société Socficom, basée au Liechtenstein et qui servait à rémunérer les employés du groupe Socfin à l’étranger. Sur des documents saisis, les enquêteurs trouvent des traces de versement avec la mention suivante: « avance WAT », comme West African Trading, société de droit anglais détentrice des contrats de commercialisation entre les plantations du groupe Socfin et la Soguipah.
Cette société-écran avait signé une convention avec la Soguipah de Mariama Camara. Chaque année, entre 2002 et 2010, la Soguipah faisait réserver 5% du prix d’achat de son caoutchouc au titre d’une « dette fournisseur ». Mais selon les éléments du parquet de Bruxelles, cet argent était en fait transféré sur les comptes personnels de Mariama Camara, en France et en Suisse au titre de commissions occultes. En 2011, l’affaire est mise à l’instruction. En 2015, les prévenus étaient renvoyés devant le tribunal.
Courrier adressé à Reynders
Mariama Camara a été nommée ministre en décembre par le Président guinéen lequel avait donné la concession du port de Conakry à Vincent Bolloré. Selon les arguments de la défense, Mariama Camara touchait cet argent en parfaite transparence avec le gouvernement guinéen, afin « d’optimaliser le fonctionnement de la Soguipah. L’argent pour payer des pièces de rechange est resté entre les mains de Mariama Camara parce que la société guinéenne ne pouvait pas avoir de compte à l’étranger », a affirmé l’un des prévenus aux enquêteurs.
Dans un courrier adressé au ministre des Affaires étrangères Didier Reynders en 2011, son homologue guinéen avait fustigé l’enquête belge et clamé « qu’aucun reproche ne peut être fait à la directrice générale de la Soguipah, dont l’intégrité exemplaire et le professionnalisme ont été reconnus, année après année, depuis sa nomination ».
La Soguipah ne s’est pas constituée partie civile. Quant à Vincent Bolloré, il n’a été ni inculpé, ni entendu par les enquêteurs. Le groupe Socfin, coté à la Bourse du Luxembourg, est actif dans une dizaine de pays d’Afrique et d’Asie. Il produit de l’huile de palme et du caoutchouc sur plus de 180.000 hectares et engage plus de 45.000 employés.
Les Zones d’ombre
Pendant près d’une décennie, reconnaissent ses avocats, Mariama Soguipah percevait 5% du prix d’achat de la production de cette société, manne financière directement versée dans ses comptes bancaires personnels.
Pourquoi n’a-t-on pas ouvert un compte pour la SOGUIPAH afin d’éviter l’équivoque? Où sont partis les 4,2 millions d’euros tombés dans l’escarcelle de cette dame de fer?
Mariam Camara, que rien n’arrête dans le domaine, est-elle à la tête d’une fortune immense et imméritée? La presse guinéenne a le devoir d’éclairer l’opinion, tant nationale qu’internationale, sur ce qu’elle sait de mieux de Mariama Camara, en creusant en profondeur pour faire tomber les masques. De lourds dossiers peuvent être attendus. Comme on dit, affaire à suivre!…
Karim Bah

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