Littérature: Retour sur les journées et le concours de poésie au CCFG

Littérature: Retour sur les journées et le concours de poésie au CCFG

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Le rendez-vous annuel des poètes en herbe est revenu pour une cinquième édition, durant laquelle les vers sont affichés sur les murs et sont soufflés au creux de l’oreille. L’événement, qui a commencé le samedi 2 juin 2018 a connu un engouement et a suscité l’intérêt chez les jeunes élèves et étudiants.

La poésie est souvent la première forme de l’expression écrite, commente le CCFG. Avant de demander: est-ce parce qu’elle est rythmée et qu’elle accompagne les battements de nos coeurs?

L’Illiade ou l’Odyssée se sont d’abord transmises dans la bouche d’Homère. Tel un griot il a chanté les exploits des dieux et des héros de la Grèce Antique. Plus proche de nous, l’épopée de Soundjata est encore racontée, chantée, narrée, telle un long poème épique.

Quand un jeune s’essaie à l’écriture, c’est souvent pour épancher son coeur, chanter la beauté de celui ou celle qu’il aime sans pouvoir le lui avouer, chanter la tendresse de sa mère, la grandeur de son pays, la douleur de la séparation. La poésie porte les secrets de l’homme, cachés au coeur des images, pour dire ce qui est indicible avec des mots ordinaires.

Et pourtant, on le déplore, ce genre littéraire est celui qui se vend le moins. D’où ce grand sentiment d’abandon des poètes contemporains. Pas seulement en Guinée. C’est général. Mais est-ce une raison pour baisser les bras ?

Depuis 5 ans, les éditions Ganndal et le CCFG viennent à la rescousse en organisant une journée dédiée à la poésie durant laquelle les poètes peuvent rivaliser de créativité et d’imagination dans un concours qui affiche leurs vers sur les murs du CCFG, et les trois meilleurs dans la presse guinéenne. Un tirage de best seller pour les lauréats !

L’an passé, les poèmes se découvraient en murmures au creux de l’oreille. Cette année ils seront soufflés. Sur 27 poèmes, qui ont proposé leurs œuvres, trois ont retenu l’attention du jury. La journée du 2 juin a été chaleureuse pour fêter la poésie en quelques photos. L’exposition a duré jusqu’au 10 juin.

Sur ce concours littéraire, la réponse du jury à toutes les questions que vous vous posez
Par la voix de sa présidente, le jury, s’adressant aux participants et aux invités, s’est livré a un discours très poétique, pour expliquer et aller en profondeur de ce concours littéraire. En particulier, elle évoque une méthode de sélection des textes assez intéressante. Extraits.

…À l’heure où en Guinée pointe la saison des pluies, dans d’autres hémisphères c’est le printemps qui commence : Ia saison où la terre reprend vie, où les fleurs jaillissent avec leurs multiples couleurs, où les cœurs eux-mêmes s’ouvrent à l’amour comme commandés par une force surréelle, où les écrivains, en l’occurrence «les poètes qui sont sans doute les plus sensibles d’entre eux, sont inondés par une inspiration prolifique et enthousiaste qui échappe aux logiques ordinaires. Bref, le Printemps, au chaud ou sous ’la pluie, c’est la saison où la vie devient un conte, où la vie se laisse raconter à souhait, pour le pire comme pour le meilleur.

Le Printemps des poètes est devenu au fÎ| des ans une tradition mondialement partagée, pour la pratique et la célébration de la poésie sous toutes ses formes. L’évènement, qui est maintenant à sa 20e édition, a toujours été aussi l’occasion de donner la voix à de nouvelles voix, de nouvelles plumes, de nouvelles ailes, de nouveaux talents et arts poétiques, de nouveaux auteurs, pour qui, bon nombre de manifestations apparaissent comme des tremplins pour démarrer leurs carrières d’auteurs reconnus sinon même une première publication d’ouvrage.

C’est dans cette perspective, et pour relier l’esprit à la lettre, que les Editions Ganndal se sont saisies de cet évènement devenu universel, pour organiser ce concours, avec la journée « Sur les murs, la poésie ». Un concours ouvert à tous les amateurs de poésie, adultes et lycéens à partir de la 11″“ année, vivant en Guinée ou à l’étranger. Il est important de signaler que le jury a reçu les textes anonymement. sans donc aucune indication sur l’identité de l’auteur ou I’autrice, mais avec pour seule marque un numéro de 1 à 27 et le titre du poème.

Ce jury constitué de 5 membres été choisi pour lire et se prononcer sur les 27 textes reçus. Nous félicitons déjà l’ensemble des participants, car tous les textes avaient un grain de talent, mais il fallait départager de manière plus ou moins subjective assurément : sachez, chers partiopants, qu’à partir du moment où l‘on tient la plume on est toujours vainqueur, car la plume elle aussi nous tient et nous fait tenir…

Les membres du jury, dont je suis la présidente, ont été choisis pour leur goût prononcé pour la littérature, la poésie en particulier et sunout, évoluant dans du univers différents, la confrontation de nos ressentis et perceptions se sont révélés complémentaires. Cette variété de points d’encrage entre les 5 membres ne pouvait qu’enrichir nos perceptions des textes. Je dois avouer que le travail de sélection et le délibéré s’est déroulé dans la joie, la bonne ambiance , le respect et l’écoute mutuels ainsi que l’ouverture d’esprit de tous envers tous.

C’est le lieu ici citer nommément la composition de ce jury: d‘abord le doyen Mounir Camara (ancien professeur de lettres, poète et administrateur civil), Amadou Condé professeur de français également), Alpha Abdoulaye Diallo (Journaliste et critique), Facinet Cissé (poète-slameur, dramaturge, romancier et consultant en communication), et enfin moi-mème Leila Diallo (Bibliothécaire au CCFG). Bien qu’il y ait une diversité dans nos attaches respectives, comme vous le constatez, cela conduit tout de même à une clairvoyance commune sur la pratique des lettres : donnant pour les textes de ce concours des regards à la fois aguerris et tendres.

Pour en venir plus directement Ia méthodologie de sélection des textes, nous avons d’emblée admis quelques points sur lesquels l’organisateur du concours a souhaité attirer notre attention :

Primo, le thème retenu partout pour cette 20ième édition du Printemps des poètes est « L’ARDEUR » : l’ardeur est le moteur même de la poésie dans un sens, car le propre de la poésie est l’exacerbation du sentiment quel qu’il soit, et son expressivité quasi flamboyante, parfois d’une empathie communicative, un dérèglement des sens, pour citer Arthur Rimbaud, ou un dérèglement de la conscience comme vous le concevrez. Ainsi, Ia plupart des 25 textes, si on exclut les 2 dans une autre langue que le français, se sont adonnés à l’exercice, creusant les turpitudes de l’intérieur comme les torpeurs de la vie ; invitant les âmes du passé, les esprits du présent et les enfants de l’avenir à se convertir à la religion de l’amour et à l’espoir de retrouvailles heureuses et fraternelles. L’ardeur traverse les cœurs, les âmes et les frontières sans raison d’être, mais avec Ia force d’un soleil ardent, d’une passion ivre et d’un amour inconditionnel.

Au-delà du thème vient en deuxio la forme et les ressources poétiques: la musicalité et le rythme, la versiñcation, la prosodie lorsqu’il s’agit de poèmes en prose ou en versets, la typologie des formes poétiques et enfin les figures de styles (anaphore, oxymore, allitération, forme syntaxique etc. Tout ce qui contribue à créer du style, de l’expressivité voire de l’oralité.

Tercio, l’intérêt d’un poème vient de son originalité : originalité dans le traitement du thème, originalité dans la forme qu’elle soit conventionnelle ou libre, originalité dans la production d’images (les fameuses contemplations que nous livre Hugo, la fameuse invitation au voyage dont parle Baudelaire, le fameux bateau ivre de Rimbaud, les fameuses armes miraculeuses dont se sert Césaire, pour ne citer que ceux-là).

A partir donc de ces 3 critères généraux, chaque membre du jury a pu s’approprier l’ensemble des textes bien avant la réunion de délibéré qui s’est tenue le samedi dernier à la médiathèque du CCFG. La méthodologie pour départir les textes a immédiatement été consensuelle car simple et démocratique :

Chaque membre a choisi ses 5 « poèmes coup de cœur »

Un recoupement a été fait entre les « coup de cœur » de chacun et des correspondances sont naturellement apparues sur 6 textes qui avaient au moins 3 voix de jury sur 5 (chaque voix étant traduite par une étoile)

Suivi d’une lecture à voix haute de chacun des 6 poémes et alimentée par un débat sur chaque texte: étant S jury les étoiles allaient de 3 (base de la première sélection) à S

A la suite, 3 poèmes ont émergés avec respectivement: 5 étoiles pour le premier lauréat, 4 étoiles pour le deuxième lauréat, et enfin 3 étoiles pour le troisième lauréat.

Quant aux justifications pour ces 3 textes retenus, ce sont des justifications de nature, de degré et de correspondance du trio:

La nature: Le 1er lauréat respecte strictement les canons de la poésie, en reprenant avec une tendresse ineffable et des mots & Beur de peau la forme de la ballade; le thème est celui de la nostatgie du pays natal, où les souvenirs d‘hier et de la Guinée envahissent ce corps téléporté par on ne sait quel désespoir vers un ailleurs incertain, un occident invériñé: ce poème sonne mme une alerte, un message 6 combien d’actualité pour notre jeunesse tentée malencontreusement par les routes de I’immigration.

Chez le 2ème lauréat, là également la forme employée a retenu notre attention, iI s’agit d’une forme qui a presque disparu de la littérature, la forme de I’épistolaire autrement dit la lettre; l’auteur renouvelle là aussi le genre avec une adresse directe à un individu dont on ne découvre la véritable identité, d’ailleurs assez surprenante, qu’à la fin du poème; il manie habilement l’alexandrin, un vers construit sur 12 syllabes dont il joue avec les différents rythmes, parfois long, parfois en respectant la césure à moitié du vers, parfois un alexandrin cadencé et brutalisé dans la syntaxe: toutes ces modalités s‘imbriquent pour donner une lettre touchante, vibrante d’émotions et surtout dont la sincérité sentimentale et poétique ne démord pas.

Enfin, pour le 3ème lauréat, nous avons privilégié la rupture et le renouvellement littéraires, l’auteur détonne par le renouveau des images, il ne s’agit plus d’un imaginaire de faune, de flore et de constellations, mais d’un imaginaire qui porte sa propre marque de fabrique, avec des images qui trompent l’attention et l’habitude passive de lecture, et surtout un poème histoire et un poème calligramme qui dessine l’histoire qu’il décrit.

Le degré des poèmes quant à lui pour faire court est mesuré par la force de l’émotion procurée d’une part, et la force du rythme et des ressources poétiques employées.

Enfin il nous est apparu après coup qu’il y avait une certaine correspondance dans le trio de lauréats : on aurait dit une même personne décrivant différentes strates de son intimité: d’une intimité émotionnelle ou psychologique, à une intimité fondatrice de l’être-écrivain en passant par une intimité sentimentale ou affective. Les trois forment donc une ronde dans une certaine mesure.»

Les lauréats 2018: 1er Prix :Teddy Pinaud pour « Qu’il est loin le soleil ardent »
2ème Prix: Mamadou Lamine Diallo pour « A toi ma très chère… »
3ème Prix ;Aboubacar Sidiki Fadiga pour « Ma passion ». (AU NOM du JURY, Leïla Diallo) -cliquez sur la vidéo pour scruter la phototèque de cette expo Sur les murs, la poésie.

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