Dr Faya Millimono, droit dans ses bottes : Pourquoi ai-je parlé de...

Dr Faya Millimono, droit dans ses bottes : Pourquoi ai-je parlé de fulaniphobie

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Réputé pour ses prises de position constantes sur l’échiquier politique guinéen, le Bloc libéral vient de prendre ses distances vis-à-vis de l’opposition républicaine à laquelle il appartenait, mais refuse d’appartenir à la nouvelle plateforme appelée Convergence de l’opposition démocratique. Son leader, Dr Faya Millimouno se tient droit dans ses bottes contre le système de gouvernance d’Alpha Condé. Exclusif.

Le Populaire : À un moment donné, une rumeur a couru que Dr Faya Millimouno est un nom d’emprunt et que seriez soit un Diallo ou un Barry. Expli-quez-nous cette histoire ?

Dr Faya Millimouno: Entre les deux-tours de la présidentielle de 2010, les gens du Rpg arc-en-ciel ont fait courir des fausses rumeurs jusqu’en région Forestière pour dire que Faya Milimouno est un nom d’emprunt et que j’étais un Diallo ou Barry au point que mes parents Kissis avaient douté. Un jour je me retrouve chez le doyen Kamano, paix à son âme ! je trouve un groupe de femmes et je leur ai dit bonjour en kissi. Le patriarche leur a dit « c’est votre frère Faya Millimouno que vous entendez à la radio.  Elles ont crié : « ah oui, il parle kissi !». J’ai dit pourquoi vous dites que je parle kissi?  Il a fallu que je leur explique que je suis Millimouno, ma maman s’appelle Kamano. Après, elles m’ont dit qu’elles ont appris que j’ai changé de nom, mais que tu es Peul. Une autre fois, entre les deux-tours aussi en 2010, c’est un ami à moi, je crois qu’il doit être le député de la Ngr, on était assis à deux et il m’a dit je viens d’apprendre quelque chose et que je veux avoir la confirmation. Il dit quelqu’un m’a qu’en fait que tu n’es pas kissien et que tu es soit Diallo ou Barry. Je lui ai dit, admettons que je te dise la vérité, tu ne vas plus me dire bonjour et il a ri. C’est suite à ça que j’ai parlé de la fulaniphobie. C’est pourquoi quand j’entends les gens parler, je me dis est-ce qu’ils savent qu’ils peuvent être rattrapés par l’histoire. Mais les gens n’ont plus honte de courir des rumeurs vides de sens en Guinée.

Que dites-vous de l’opération de déguerpissement forcé des citoyens de Kaporo-rails ?

À chaque fois qu’on s’approche de grands moments, il y a la manipulation ethnique. Kaporo rails a fait l’objet de manipulation depuis au temps de Lansana Conté. On disait que c’est un domaine appartenant à l’État, mais à côté on instrumentalisé les populations qui venaient chanter : « Foulé Wo siga Fouta». Il faut qu’on sorte de cette instrumentalisation. Ceux qui se sont retrouvés sur les lieux ont des papiers signés par les représentants de l’État. Pour des raisons d’utilité publique, l’État peut prendre le domaine d’un particulier, mais en le dédommageant. Je trouve que c’est une instrumentalisation et une manière de faire de la provocation. On ne peut indéfiniment continuer à faire ces provocations et dire que ça ne va pas péter un jour.

En moins d’une semaine Me Abdoulaye Wade du Sénégal et François Hollande et Nicolas Sarkozy sont venus en Guinée. Que vous inspire ce ballet d’anciens chefs d’État ?

D’abord, ça se fait dans une discrétion totale qui fait que personne ne sait plus pour qu’elle raison ils viennent. Donc, je ne parlerai qu’en termes d’hypothèses. Première hypothèse c’est de gens qui viennent conseiller Alpha Condé de ne pas tenter de tripatouiller la Constitution. Je souhaiterais que ce soit pour cela. Lorsque Blaise Compaoré voulait tenter de tripatouiller la Constitution au Burkina, il y a des amis notamment François Hollande qui lui avait déconseillé et qui l’avait entrevu la possibilité qu’il devienne secrétaire général de la Francophonie. Blaise n’avait pas entendu ces conseils et aujourd’hui il est en exil. Nous espérons que ces anciens présidents qui viennent sont en train de pousser Alpha Condé dans ce sens et nous souhaitons qu’il entende les conseils. Sion, il va les entendre comme Blaise les a entendus. Deuxième hypothèse, ce ne sont pas des anciens chefs d’État indemnes de reproche. Quand je prends Sarkozy c’est le tombeur de Mouammar Kadhafi, etc., est-ce que c’est un soutien voilé pour avoir la mainmise sur les ressources de la Guinée ? Si c’est le cas, nous devons faire très attention et dénoncer vigoureusement quiconque viendrait conseiller, comme le Kremlin à travers son ambassadeur (Alexandre Bregadze).

Vous avez été consulté pour appartenir à la nouvelle plate-forme de l’opposition avec Sidya Touré de l’Ufr, Lansana Kouyaté du Pedn et Bah Oury du mouvement Renouveau. Pourquoi vous avez refusé d’y adhérer ?

Effectivement, le Bloc libéral a été consulté. À la première réunion, notre chef de Cabinet y était en tant qu’observateur. Le parti a examiné la situation. Aussi bien à l’opposition républicaine dont on ne prenait déjà pas part aux plénières que par rapport à cette nouvelle plate-forme, les positions que les uns et les autres sont en train d’adopter par rapport à l’Assemblée nationale, le parti qui, par le passé, a fait compagnie avec des partis politiques qui avaient des agendas cachés a voulu adopter la prudence. Nous allons nous mettre à distance de toutes ces plateformes existantes sauf la Coalition politique pour la rupture (Cpr) d’environ 7 partis politiques qui avaient accompagné le candidat du BL à la présidentielle de 2015. Nous sommes également en discussion avec d’autres pour nous rejoindre.  La violation de la loi est devenue le jeu de prédilection des hommes politiques en Guinée. Ce que nous reproche à l’opposition républicaine c’est surtout d’emboîter le pas dans la violation de la loi et puis se plaindre après d’en être victimes. Lorsque vous accompagnez le gouvernement dans la violation de la Constitution, vous ne devez plus vous en plaindre. Seul le respect rigoureux de la loi par tout le monde qui peut protéger tout le monde. Tous ceux qui ont pouvoir ont tendance à en abuser. Si nous avons la distance de l’opposition républicaine pour cela, nous ne pouvons pas aller vers une coalition en émergence dont on ne connait pas non plus les vrais positionnements.

Pourquoi avez-vous quitté l’opposition républicaine ?

Nous avons dit à nos amis de l’opposition qu’aller siéger à l’Assemblée nationale après l’expiration du mandat c’est contribuer à banaliser la République et que le Bloc libéral devait prendre distance. Nous faisons ce combat pour permettre que certaines valeurs prennent corps dans la société guinéenne. Nous avons donc décidé d’être à distance de toutes ces plateformes existantes ou en émergence exception faite de la Cpr à laquelle nous avons appartenu depuis 2015.

Ce n’est pas votre première fois de claquer la porte ?

Nous avons appartenu à la Coalition de l’opposition extraparlementaire (Coep). Quand ça a vacillé nous avons quitté ainsi qu’à d’autres. Nous avons tiré les leçons et avons compris que les partis qui composent la Coalition politique pour la rupture ont toujours maintenu leur position par rapport à tous les grands dossiers qui concernent la vie de la nation. De part non seulement la Cpr a besoin de faire entendre auprès du peuple compte tenu de sa constance dans les positions qu’elle prend.

Le Bloc libéral n’est plus avec aucune autre plateforme existante ou en émergence. Est-ce que ce n’est finalement pas Dr Faya Milimouno qui est le problème ?

Pas du tout. Le problème n’est pas avec Dr Faya Milimouno. Considérez la Cpr comme n’importe quelle autre plate-forme.

Vous admettez que toutes ces coalitions n’ont pas la même histoire et le même poids ?

Nous avons commencé avec un Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition avant de créer l’Opposition républicaine. À un moment donné, l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) nous a rejoints.  On parlait alors de l’ADP-Collectif. Les Centristes, feu Jean Marie Doré, Kassory Fofana l’actuel Premier ministre et le Front d’union de Mamadou Baadiko Bah sont venus. C’est ainsi qu’on a eu le vocable Opposition républicaine qui, à l’époque, était forte. Malheureusement, cette force n’a pas été bien gérée. Après avoir marché pendant une année avec 60 morts sur l’Axe Bambéto-Cosa nous avons fini par accepter Waymark gérer le fichier électoral des législatives du 28 septembre 2013. À l’époque, nous avions dit que l’opposition a capitulé parce que nous n’aurions pas subi toutes ces pertes en vies humaines si n’avions pas dit qu’on ne voulait pas de Waymark. Nous avions quitté le dialogue au Palais du peuple avec Mouctar Diallo des Nfd, l’actuel ministre de la Jeunesse mais qui finalement s’est retourné par la suite. Faites un récapitulatif, vous verrez que le Bloc libéral est le seul parti qui est resté constant durant ces 8 dernières années. Nous avons été très attentifs sur l’échiquier politique pour comprendre que les deals se font que ça soit dans l’opposition républicaine que dans toute autre plateforme émergente.

Allez-vous mener combat seul contre une éventuelle modification constitutionnelle ?

La seule différence qu’il y a encore par rapport à ces velléités de 3e mandat c’est quand il faut réagir.

Au sein de la Cpr nous estimons déjà qu’Alpha Condé est dans son dynamique de 3e mandat. Il y en a qui pense qu’il faut attendre qu’une conférence de presse en fait l’annonce. Lansana Conté n’avait jamais tenu une conférence pour dire qu’il voulait d’un 3e mandat, mais il l’a obtenu. Donc, rien ne sert à rien d’attendre.

N’est-ce pas évident qu’à défaut d’un 3e mandat, Alpha Condé dispose d’atouts pour s’offrir un glissement comme l’a fait Kabila au Congo ?

On a l’impression que l’opposition républicaine ne voit pas le piège. Alpha Condé est ce politicien qui peut d’abord préparer le plan F avant de penser au plan A. Je crois que son plan B est celui de glisser. S’il y a glissement aujourd’hui, il y en aura un autre jour. De gens sont en train de nous faire croire que cette prorogation du mandat de l’Assemblée nationale est légale. La Constitution qui prime sur toutes les autres lois parle d’un mandat de 5 ans. Maintenant, les députés qui ne veulent pas quitter invoquent le Règlement intérieur de l’As-semblée nationale pour justifier la prorogation. Même si le Règlement est une loi organique, mais il ne s’impose qu’à l’Assemblée. Il ne s’impose ni à l’Exécutif, ni au Judiciaire.

Quel moyen disposez-vous pour contrer un éventuel 3e mandat ?

D’abord, nous au BL, nous avons organisé une grève de la faim contre la participation des militaires dans les PA. On ne peut pas dire à un gouvernement de ne pas innover en termes de dispositif sécuritaire. Mais faire participer les militaires est anticonstitutionnel. Nous avons fait la grève de la faim, nous n’avons pas été entendus. Nous avons été conseillés de commencer par écrire au ministère de la Défense pour dire que les militaires ne doivent pas faire partie du dispositif sécuritaire qu’on appelle les PA. Je sais qu’on est en train d’ignorer notre lettre. Nous avons tapé à la porte de la Cour suprême pour lui demander de dire à l’Exécutif que les militaires ne doivent pas faire partie des PA. Pour le moment, nous sommes seuls dans cette démarche.

Le cortège du chef de file qui rentrait d’une tournée a été réprimé samedi 16 février 2019. Qu’est-ce que vous inspire cette montée de la répression ?

Tous les membres de l’opposition guinéenne devaient condamner de manière vigoureuse parce qu’on dit souvent lorsque la barbe brûle, la bouche ne doit pas rire. Au BL, nous avons fait une déclaration pour dénoncer cette barbarie exercée sur l’Ufdg et son président. Nous avons également envoyé une délégation pour témoigner de notre solidarité et condamner l’acte. Il faut dire que l’opposition s’est toujours comportée de manière sélective quand il s’agit de dénoncer les dérives du régime. À chaque fois qu’il s’est agi du Bloc libéral, nous n’avons jamais entendu personne. Remontons à notre combat pour l’obtention de notre agrément. La société civile nous a beaucoup soutenus. Mais vous ne sortirez pas une déclaration ni du chef de file de l’opposition, ni de tous les autres leaders nous reconnaissant le droit d’avoir l’agrément.

Pourquoi vous défendez le droit de gens qui ne vous soutiennent pas quand vous êtes victimes ?

Le BL est toujours constant par rapport à lui-même. Le BL est toujours constant. Si Mohamed Alpha Condé, l’unique fils d’Alpha Condé est bafoué dans sa dignité vous allez nous entendre. Le fait qu’on leur apporte notre soutien ce n’est pas lié à leur personne. Si on se bat pour la justice, on doit se battre même pour son ennemi. Nous voulons que certaines valeurs prennent corps dans ce pays.

Vous avez déclaré récemment que vous êtes prêts à collaborer avec le Rpg Arc-en-ciel. Cela suscité la polémique. Qu’en est-il exactement ?

On m’a posé la question est-ce que c’est possible une collaboration entre le BL et le Rpg Arc-en-ciel. Ma réponse a été qu’en politique on ne ferme pas la porte. Le Rpg Arc-en-ciel est un parti politique qui n’a pas un mandat fini et il peut exister pendant 200 ans. Le BL aussi peut exister tant que la République existe. Si en 2019, on me pose cette question est que je dis : non ! je ferais preuve de manque de vision. Celui avec qui nous n’avons pas collaboré et nous ne collaborerons jamais c’est Alpha Condé. Dire qu’on ne va pas jamais collaborer avec le Rpg Arc-en-ciel c’est par exemple en 2020, le BL est au second tour et que nous allons dire au Rpg Arc-en-ciel de ne pas nous soutenir (?). Alpha Condé a combattu le PDG RDA (de Sékou Touré), mais aujourd’hui il bénéficie de sa collaboration. Il bénéficie aussi de la collaboration du Pup (du général Lansana Conté). C’est dire qu’en politique c’est possible de tourner son adversaire d’hier en ami aujourd’hui.

Mouctar Diallo des Nfd et Abdoubacar Sylla l’ancien porte-parole de l’opposition sont aujourd’hui dans la mouvance présidentielle. Est-ce qu’Alpha Condé vous a tendu la main une fois ?

Bien sûr ! et c’est connu de tout le monde. J’étais une fois à Washington, j’ai entendu sur les Grandes gueules que Faya sera dans un futur gouvernement. Il y a même eu des faux décrets qui ont circulé. Nous ne sommes pas contre la personne d’Alpha Condé, mais contre la division qui est devenue sa méthode de gouvernance.

Réalisée par Le Populaire

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