(CONTRIBUTION): QUAND LES ABEILLES VOLENT AU SECOURS D’ALPHA CONDE

(CONTRIBUTION): QUAND LES ABEILLES VOLENT AU SECOURS D’ALPHA CONDE

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La communauté baga est sans doute la plus ancienne, la plus sage, la plus sympathique et la plus respectable du pays. On comprend d’autant moins la menace proférée par ses patriarches, d’envoyer des abeilles tueuses sur les manifestants de l’opposition qui oseraient de nouveau s’aventurer dans les rues de Conakry. Mais, mais, mais…S’agit-il de patriarches ou de simples énergumènes dressés par le pouvoir à coup de sacs de riz et de bave ethnico-idéologique ? Difficile pour l’instant de s’en faire une idée. Alpha Condé, on le sait, est passé maître dans l’art de semer la confusion.
Pour notre part, nous, nous garderons bien de condamner sans preuve des concitoyens qui ont toujours agi en faveur de la paix, de la concorde et de l’harmonie nationale.
Une question de fond se pose néanmoins et qui dépasse de loin l’aspect éthique et moral : dans cette funeste histoire de grenades et de pierres, qui est le bourreau et qui est la victime ? La question mérite d’être posée car, dans ce pays qui a passé son Indépendance à aboyer et à courber l’échine, les ovations vont habituellement à ceux qui manient la trique et les huées, à ceux qui ont la corde au cou. Il suffit de lire une certaine presse pour s’en convaincre : l’opposition est responsable des 95 morts comptabilisés à ce jour depuis l’accession de Alpha Condé au pouvoir. Oui, dans l’esprit de ces plumitifs de service, c’est un crime que d’appeler le peuple à marcher dans la rue alors qu’il s’agit d’un droit constitutionnel droit dont du reste, Alpha Condé a usé et abusé au temps de Lansana Conté (qui, à ma connaissance n’a jamais tiré à vue sur les militants du RPG).
Rien de plus légal que de marcher dans la rue. Ce qui est interdit-aussi bien par la morale que par le droit- c’est de tuer. De tuer sans pitié, sans vergogne, sans ciller et sans frémir comme sait si bien le faire le cynique Alpha Condé. De tuer des jeunes gens sans défense. De tuer des mères de familles occupées à vendre du kansi pour nourrir leur progéniture.
Quand on est un dirigeant normal c’est-à-dire humain, c’est-à-dire respectueux aussi bien de la loi que du principe sacré de la vie, on utilise des canons à eau et des balles en caoutchouc pour maintenir l’ordre. Quand on est un dirigeant, haineux assoiffé de sang, on use de canons et de bazookas, de grenades et de bombes. Dans ce cas, personne n’est à l’abri même les petites écolières. Ils sont ainsi, les sanguinaires qui nous gouvernent : petits de cœur et d’esprit, grands de ventre, de fausses promesses et de mensonges.
Mais trop, c’est trop, honorables patriarches bagas (si jamais il s’agirait bien de vous). Plus personne n’est dupe, plus personne n’a peur. Les Guinéens qui en ont vu de toutes les couleurs ne se résigneront plus devant le mépris et l’arbitraire. Ils sont prêts à mourir jusqu’au dernier pour défendre leur honneur et leurs droits. Si certains d’entre eux se sont tus jusqu’ici, ce n’est pas par manque de courage c’est à cause du poids de l’éducation traditionnelle qu’ils ont reçue. Mais puisqu’en face, du côté du pouvoir, il n’y a ni l’honneur ni la vertu, ni le droit ni la compassion, plus personne n’est obligé de vénérer le chef si jamais il existe.
En ce moment, on parle de paix à tort et à travers dans les faubourgs de Conakry. Mais la paix est un fruit qui ne pousse que sur l’arbre de la justice. Partout où règne, l’injustice, il y aura la guerre. Je sais, chers patriarches (si jamais il s’agirait bien de vous) que vous êtes des personnes honorables, férues de fraternité, de justice et de paix. Si vous voulez la paix en Guinée, allez derechef chez Alpha Condé et dites-lui ceci : « Arrête de diviser les Guinéens, arrête de tricher aux élections, arrête de tirer à balles réelles sur des gens innocents ». Tant que ces conditions-là ne seront pas remplies, les Guinéens continueront de marcher. Car, encore une fois, les Guinéens n’ont plus peur ni des généraux ni des capitaines, ni des miliciens ni des responsables suprêmes à plus forte raison, des faux professeurs qui se prennent pour de vrais présidents.
« Cabri mort n’a pas peur du couteau », disent les Ivoiriens. Eh bien, honorables patriarches (si jamais il s’agirait bien de vous), sachez que les Guinéens n’ont plus peur. Ni des obus ni des canons ni des chiens de guerre ni des abeilles tueuses.
Môdy Pâthé Sow, Utrecht, Hollande

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